Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 22:49

Pour Nicole M


Et pour vous aussi, si vous aimez !

 

pp236

 

 

 

 





Po
ur écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.
Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.
Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs.
Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent.
Car les souvenirs ne sont pas encore cela.
Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
***

Rainer Maria Rilke (1875-1926) –

 
Par Tanira - Publié dans : Texte - Communauté : l'art de partager son art
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Commentaires

Tout un parcourt à accomplir, celui de nos vies en somme où, temps faisant, nous apprenons à "relativiser" nos joies et nos peines... Alors peut-être s'intalle en nous le doux parfum mélancolique...

Très beau texte.
Commentaire n°1 posté par Catharsis le 30/01/2010 à 13h27
Ravie que tu te sois arrêtée sur ce beau texte que j'aime particulièrement.
Ton commentaire me donne envie d'aller chez toi.
Alors sans doute c'est installée en moi le doux parfum de la mélancolie.
A bientôt
Réponse de Tanira le 30/01/2010 à 15h07
Joli prose ... pleine de sensibilités. Grande question : Quelle est la frontière du souvenir ?
J'aimerais bien le savoir un jour ... Je compte sur toi pour me fournir la réponse.
Vincent
Commentaire n°2 posté par Vincent le 30/01/2010 à 12h56
Si tu penses "frontière", c'est entre deux ! Souvenir et .... ?
Bon week-end à toi et ravie que tu aimes
BiZZ
Réponse de Tanira le 30/01/2010 à 15h01

Tout cela !!! si ce n'est pas possible d'avoir tout retenu, il suffit seulement d'écouter son cœur. Bizz et bon WE à toi.

Commentaire n°3 posté par Alain le 30/01/2010 à 08h46
-----> Oui, mais ton coeur lui a tout retenu de ta vie, tes amours, tes joies, tes peines.........
BiZZZ
Réponse de Tanira le 30/01/2010 à 09h41
 
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